Mo kozé avè Anaïs Verspan

Anais Verspan (Crédit photo : Elodie Martial)« Je parle toujours de mon île. La Guadeloupe m’inspire beaucoup. Mon art c’est vraiment ma culture. Je propose de porter un regard autre, d’ouvrir une nouvelle fenêtre pour qu’on puisse se poser et analyser nos pratiques culturelles. Ces pratiques sont des actes que l’ont répètent mais il est aussi bon parfois de prendre de la distance, de les analyser. Il est important de pouvoir les sauvegarder. Il est aussi nécessaire de les faire évoluer en respectant leur matrice première. Pour cela, je crée en racontant des histoires. Je traite donc de nos réalités à partir d’histoires qui sont possibles. Je veux que mon art soit utile pour l’âme. Je veux que ceux qui voient mes œuvres soient envahis d’une émotion, apaisante comme bouleversante. L’essentiel pour moi est de pouvoir rendre de mes mains quelque chose qui a de la vie. 

Je crois que l’art doit être universel. Il est vrai que les caribéens vont probablement mieux comprendre certaines codifications. Mais, notre culture est universelle tout comme celle d’Afrique du Sud, de Cuba, de la Nouvelle Orléans, ou n’importe quelle autre. Donc, nous aussi nous avons aussi à apporter quelque chose au monde avec nos créations. 

 Je suis issue de cette terre donc je fais de l’art guadeloupéen. J’ai appris de nos artistes majeurs : Nankin, Rovelas, Sainsily, Chomereau-Lamotte, et pleins d’autres. Je suis aussi influencée par des courants d’autres territoires. Mais, il est important pour moi de créer une écriture plastique qui soit mienne. En fait, je suis comme notre culture.  Notre culture est hybride, elle est rhizomique. Comme elle, j’ai pleins d’influences. Je me suis appropriée des tas de choses que je décontextualise pour les recontextualiser à ma manière.

 Je me suis davantage rendu compte de l’universalité de notre culture. Nous avons une vision de la vie à partager. Nous avons beaucoup de possibles de vie et de fonctionnement à apporter. On ne s’en rend pas forcément compte mais même si on parle de Guadeloupe, quelqu’un d’un tout autre pays peut s’approprier une œuvre et y percevoir des éléments qui nourrissent son âme. Et, là on devient ‘Tout Monde’  de Guadeloupe.

Tout m’inspire. Avant de peindre ou de créer, généralement j’emmagasine beaucoup d’écrits. J’écris aussi et dès qu’une histoire surgit, dès que je l’accepte et l’assume, je commence à créer. Et là, tout devient automatisme.

Je vis de l’art depuis 2013. En fait, même s’il est vrai qu’il nous manque encore certaines structures, il existe un marché de l’art en Guadeloupe. Il y a des familles qui ont des collections d’œuvres de Guadeloupe,  et d’autres îles de la Caraïbe. Il pourrait carrément être possible de retracer des pans de l’art guadeloupéen à partir de ces collections privés. Nous avons un musée guadeloupéen qui existe chez les guadeloupéens.

Aux jeunes, je dirais tout simplement :

Sachez qui vous êtes, où vous voulez aller et ce que vous voulez faire, croyez en vous et faites !

Nous sommes tous différents, nous avons tous des parcours de vie qui eux aussi sont différents mais l’âme nous relie. Nous avons donc en nous cette lumière qu’il faut entretenir. Comme le traduit si bien cette phrase qui m’accompagne depuis des années :

Viv vi a’w, pa vann nanm a’w ! »

 

Site de l’artiste : https://www.anaisverspanart.com/

Crédit photo : Élodie Martial

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